Sujet: Il faut parfois faire des sacrifices pour découvrir la vérité [PV Cielight] 08.01.12 12:55
19 février 2055 4h56
« Je n’arrivais vraiment pas du tout à me réveiller. Je m’étais levée très tôt puisque c’était le jour du départ. Il ne fallait pas partir trop tard car il y avait de nombreuses d’heures d’avion à combattre. Je détestais les longs trajets pendant lesquels je n’avais pas la possibilité d’être confortablement installée. J’avais essayé de réserver un jet de la société dans laquelle je travaillais, mais je n’avais pas pu, le déplacement n’étant pas vraiment pour le travail. Depuis, je n’avais pas spécialement concerté mon compagnon de voyage – probablement à cause de la flemme, c’était honteux – et donc j’avais réservé des places dans un avion classique. Certes, je n’avais pas demandé les places les moins chères puisque je pouvais me permettre de voler en première classe. Enfin peu importait. L’heure de l’avion était assez matinale et même si j’avais essayé de me coucher assez tôt pour ne pas être trop fatiguée, cela n’avait pas changé grand-chose. Certainement à cause de la nouvelle que j’avais apprise la veille, justement. En effet, pendant que j’étais à Heihe et Folkvangr, je n’avais pas pu regarder les informations. Ainsi, je n’avais pas eu la possibilité de savoir que Cameron Blake, l’homme que j’avais rencontré à Haskovo un mois et demi plus tôt, avait été abattu dans les rues de cette même ville. J’avais été assez étonnée et quelque peu touchée. Pas comme s’il avait appartenu à mes proches mais quand même, j’avais eu un pincement au cœur. C’était dommage. Mais j’appris en même temps que ce dernier était soupçonné d’appartenir à la mafia, ou plutôt à la Triade Weng, plus précisément. Il aurait été tué suite à ses actions illégales.
Je me souviens alors non seulement du fait de la raison de ma présence en Haskovo, mais aussi d’un article qui était paru il y avait quelques jours déjà dans un magazine people. Cela n’avait aucun rapport, certes, mais c’était les deux pensées qui m’étaient alors venues à l’esprit. En fait, la première me fit un peu sourire sur le coup. Si j’avais su que l’homme en face de moi était un mafieux ! Après tout, j’étais partie là-bas pour enquêter sur toutes les actions plus ou moins douteuses et illégales. Bien sûr, de toute façon, si j’avais su, je pense qu’il n’aurait même pas essayé de me parler. Il aurait même pu tenter de me tuer du fait que je m’aventurais trop loin dans ses affaires. Quant à la deuxième, c’était tout simplement la pure et simple révélation que Ryann Light n’était en réalité pas mon père biologique mais que c’était Ivann Evanov, un russe suspecté d’être également un mafieux. Cela m’avait beaucoup surprise et je n’avais pas voulu y croire au début. Pourtant, lorsque je posais la question à mes parents, ma mère m’avait répondu qu’ils n’avaient jamais souhaité m’en parler car de toute façon, Ivann n’avait jamais voulu entendre parler de moi. Cependant, ce dont ma mère n’avait aucune idée, c’était s’il était réellement un mafieux ou non. Elle m’avoua qu’il avait un comportement étrange lorsqu’elle le connaissait, mais elle ne pouvait pas savoir la vérité. Donc visiblement, si c’était vrai, ma vie était reliée, sans que je ne le veuille, aux mafieux. C’était triste. Mais je ne pouvais pas en vouloir à personne, surtout pas à ma mère. Cette nouvelle restait tout de même un changement soudain et radical dans ma vie, même si au fond, je considérerai toujours Ryann comme mon père.
En tout cas, je regardais l’horloge qui se trouvait dans la cuisine. Il était déjà une heure avancée et je n’avais pas terminé de manger. Je soupirais longuement en m’en voulant d’être une limace à ce point-là. Je dus donc me séparer de la nourriture que j’avais dans mon assiette et je partis en direction de la salle de bain pour me préparer. Comme j’étais quelque peu en retard, je décidais de ne pas me maquiller. De toute façon, cela ne servait pas à grand-chose. Au pôle nord, ou du moins à Sagaland, je n’allais pas me maquiller tous les jours. Là-bas, la beauté ne primait pas spécialement. Et je n’avais aucun scrupule à me montrer telle que j’étais à un homme que je connaissais à peine. Je n’avais aucun besoin de séduire qui que ce fût et de me montrer la plus belle possible. Donc j’abandonnais le maquillage, même si je l’avais bien rangé dans ma valise. Une fois de temps en temps, je pouvais quand même me permettre un petit coup de crayon et de mascara. Cela ne tuait personne. Je me vêtis donc rapidement, lavais les dents et fermai la valise avant de sortir de la maison. J’avais réservé un taxi afin qu’il m’amenât à l’aéroport de Gladsheim. Une fois là-bas, je devais rencontrer Cielight. Je n’avais aucune idée s’il m’attendait déjà ou pas. Néanmoins, ce dont j’étais sûre et certaine, c’était que de mon côté, j’arriverai à l’heure prévue. Vue l’heure matinale, il n’y avait pas encore de voitures sur la route donc pas beaucoup de trafic et pas de bouchons. Le taxi roulait tranquillement. Et moi, j’essayais de toutes mes forces de ne pas m’endormir, la musique dans mes oreilles.
Finalement, alors que je m’étais perdue dans mes pensées et que je n’avais pas vu le temps passer, le taxi s’arrêta devant ma destination. Le chauffeur descendit pour ouvrir le coffre et me donner ma valise puis je le payais. Je le remerciai avant de rejoindre l’intérieur du bâtiment pour me rendre à l’endroit où il fallait enregistrer les bagages. Mais d’abord, il fallait aussi que je trouvasse Cielight dans toute cette foule – qui n’était pas si grande en fait – ou alors, qu’il me trouvât. Je regardais donc dans tous les sens mais je ne reconnaissais aucune personne. Alors j’avais du arriver en avance ou du moins, avant lui. Maintenant, je devais l’attendre. Je m’asseyais alors sur un banc face aux entrées automatiques afin d’avoir une vue sur les personnes qui rentraient. De cette manière, j’étais certaine de ne pas le rater. »
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Sujet: Re: Il faut parfois faire des sacrifices pour découvrir la vérité [PV Cielight] 08.01.12 16:01
Cielight n’était pas en avance, et il le savait. Il s’était réveillé en sursaut, le front contre un plan qu’il était en train d’achever, vers 2h du matin. Ses derniers souvenirs remontaient à la recherche frénétique d’un instrument de mesure qu’il était certain d’avoir manipulé deux minutes auparavant et qui s’était évaporé dans l’intervalle. Devant lui était étalé une grande feuille griffonnée sur laquelle il avait tenté de dessiner un plan satisfaisant pour son prochain modèle de réacteur. Cette tâche l’avait absorbé depuis près de deux jours. En réalité, il n’avait pas chômé depuis son entrevue avec Rose Light. Après avoir pris connaissance du livre de Nils Nansen, dont elle parlait dans son article, il avait compris qu’au-delà des réponses qu’il serait susceptible de fournir à la jeune femme, il trouverait sûrement lui-même des réponses, ou peut-être de l’inspiration, dans cette expédition.
C’était pourquoi il avait dit oui.
Ensuite, il ne se souvenait n’être rentré chez lui qu’une fois et n’avoir discuté qu’avec Alexänder, son assistant. Il l’avait informé de son départ prochain, et de son absence assez longue, sans même lever les yeux de son travail. Pendant un long moment, l’homme aux lunettes rectangulaires était resté silencieux, tant et si bien que Cielight s’était vu contraint de relever la tête vers lui, certain de lui découvrir un air réprobateur. Il n’en était rien. Alexänder le regardait travailler d’un air neutre, un peu absent. Le patron de la Shelby Aerospace avait reconnu l’expression qu’il arborait lorsqu’il élaborait l’un de ses fastidieux plans d’organisation pour l’entreprise. Il avait donc pris le parti de continuer à travailler pendant que son assistant faisant de même. Le silence était retombé sur l’atelier, jusqu’à que Alexänder lui dresse la liste de tout ce qu’il devait impérativement faire avant son départ, les dispositions légales qu’il devrait prendre pour lui donner le pouvoir de diriger l’entreprise en son absence, et lui conseille de préparer sa valise sans tarder.
« Vous n’allez pas me faire le coup de l’assistant qui vole l’entreprise de son patron, hein Alexänder ? » , avait plaisanté Cielight alors qu’il faisait sa valise, son assistant au bout du fil.
« Vous verrez bien » avait été la réponse sèche qui lui était parvenue. « Qui va à la chasse… »
Cielight s’était contenté de rire. Il ne le lui aurait jamais dit en face, mais il lui faisait confiance.
C’est pourquoi, à 5h du matin en ce 19 février 2055, Cielight pouvait se vanter de ne pas avoir fait ses bagages à la dernière minute. Toutefois, son réveil en sursaut, le bref passage chez lui qu’il avait effectué pour prendre une douche et attraper son paquetage, l’oubli momentané de sa veste de l’armée sur le porte serviette qui l’avait forcé à demander au taxi de faire demi tour, l’irruption inattendue de sa mère que ce fourbe d’Alexänder avait finit par prévenir du départ imminent de son fils, et enfin un léger ralentissement dans le centre ville l’avaient mis presque en retard. C’est donc au pas de course qu’il bondit du taxi, puis franchit les portes automatiques de l’aéroport. Sa valise fit un bruit sourd en cognant contre les battants de verre qui ne s’étaient pas ouverts assez vite, et il parcourut les lieux du regard à la recherche de l’endroit où il était censé retrouver Rose. Il lui apparaissait évident qu’elle ne serait pas habillée comme la dernière fois qu’il s’était vu, et il craignait de ne pas la trouver. Lui-même se savait quelque peu méconnaissable. La dernière fois, il était rasé de frais et portait un manteau convenable. Il avait aujourd’hui les yeux cernés, une barbe de trois jours et était vêtu de la veste de l’armée qu’il avait enfilée par-dessus son t-shirt à manches longues.
Il eut soudain l’idée d’aller faire enregistrer son encombrant bagage. Sans, il pourrait chercher la jeune femme plus aisément. Alors qu’il se dirigeait vers les guichets, un éclat de chevelure blonde attira son attention. C’était bien Rose et, comme lui, elle n’avait pas réellement pris soin de son apparence avant de venir. La voir sans maquillage, lui qui ne l’avait jamais vu qu’à la télé ou dans ce café, un jour où elle semblait avoir eu la main lourde sur le mascara, lui parut un peu étrange. Faisant fi du sentiment d’irréalité, il obliqua dans sa direction. Un coup d’œil à l’horloge situé sur un mur derrière elle lui apprit qu’il était 5h07.
« J’espère que je ne vous ai pas trop fait attendre » dit-il en guise de préambule alors qu’il se postait devant elle. « Vous avez l’air fatigué » , ajouta-t-il plutôt étourdiment. « Peut-être devrions nous nous débarrasser de nos bagages. »
L’idée lui vint soudain que le vol allait être plutôt long, et que ce serait probablement l’un des plus longs laps de temps qu’il aurait passé hors de son atelier depuis des mois. Il n’aurait qu’une tablette, aucun instrument de dessin, de mesure, aucun livre dans lequel vérifier telle ou telle information. Il aurait dû prévoir de quoi travailler... Il n’y avait plus qu’à espérer que l’avion était fourni en matière de serviettes en papier… Son estomac gronda soudain, et il se souvint qu'il avait oublié un dernier détail dans sa course matinale: le petit-déjeuner ou, à tout le moins, le café ultra sucré qu'il trouvait chaque matin sur son bureau. La raison en était évidemment que ce matin là, il avait quitté son atelier pour rentrer chez lui, et non quitté son atelier pour gagner son bureau.
« Combien de temps durera le vol exactement ? » se renseigna-t-il auprès de Rose alors qu’ils cheminaient ensemble vers le guichet d’enregistrement des bagages.
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Sujet: Re: Il faut parfois faire des sacrifices pour découvrir la vérité [PV Cielight] 09.01.12 9:18
« J’étais en train de vérifier quelque chose sur mon portable personnel lorsque tout d’un coup, j’entendis un gros bruit qui me surprit et me fit sursauter. Lorsque je relevai la tête, je remarquai le fait que je n’étais pas la seule qui tournait son regard avec la raison de ce bruit. Ce fut alors que je le vis et à ce moment-là, je faillis exploser de rire. Ce n’était certes pas très drôle et de toute façon, cela aurait été bizarre de rire toute seule. En fait, la cause de ce bruit, c’était tout simplement la valise d’une personne qui s’était précipité sur les portes automatiques. De mon côté, je concentrai mon regard pour savoir quelle personne cela pouvait bien être. Je ne le reconnus pas tout de suite mais, lorsqu’il commença à se diriger vers moi, je sus tout de suite que c’était Cielight Shelby, celui que j’attendais depuis quelques minutes. Je me retins encore une fois d’exploser de rire. Savoir que c’était mon compagnon de voyage qui avait fait ce raffut me donnait encore plus envie de rire. Toutefois, je me rendis compte alors que lui non plus n’avait pas spécialement pris soin de son apparence. Il avait une barbe de trois jours que je ne lui avais pas connu quelques jours plus tôt, et surtout, il était vêtu avec une veste de l’armée. Alors comme cela, lui aussi avait participé à la guerre. Ce n’était pas le plus important sur le moment, mais cela restait tout de même un détail nouveau. Je le vis se déplacer rapidement vers un endroit mais j’étais alors persuadée qu’il ne m’avait pas encore remarquée. Je me levai alors de mon banc et lui souriais pendant qu’il marchait.
Il me reconnut alors également. Je ne ressemblais pas à la femme qu’il avait croisée quelques jours plus tôt, mais j’étais tout de même bien reconnaissable. Il vint en ma direction et déboula tout un flot de paroles, d’abord un sous-entendu d’excuse pour son retard puis le fait que je paraissais fatiguée et enfin, que nous devrions nous débarrasser des valises. Tout cela eut le don de me faire rire encore une fois, intérieurement. En guise de réaction, je ne lui montrai que mon sourire chaleureux, malgré la fatigue. Lorsque je le détaillai davantage, lui également semblait assez exténué, comme s’il n’avait pas du tout dormi depuis la fois où nous nous étions vus. Pourtant, je préférai ne pas faire de remarque sur cela, pour une raison qui m’était inconnue. Je n’avais pas spécialement peur du fait qu’il pouvait se vexer ou quoi que ce fût d’autre. J’acquiesçai cependant en ce qui concernait les bagages et je prenais le mien afin de me diriger vers le guichet où on pouvait enregistrer ceux-ci. Il me suivit, sans mot dire pour l’instant. En le regardant habillé comme cela, j’avais presque l’impression d’avoir un militaire à côté de moi. C’était plutôt, encore une fois, hilarant. Je m’imaginais déjà des scénarios impensables où tout le monde croyait que j’étais accompagnée d’un officier ou alors que personne n’oserait atteindre ma vie, effrayé par la présence de Cielight. C’était bien évidemment, complètement idiot de ma part. C’étaient mes pensées …
Finalement, il me tira de mes pensées en me demandant la durée du voyage. Je n’avais aucune idée vraiment et ne savais pas comment lui répondre à cette question. En réalité, je n’avais pas fait attention en réservant les billets et comme je ne les avais pas imprimés – parce que j’avais oublié – je ne pouvais pas le savoir. Bien sûr, au guichet, nous obtiendrons toutes les informations nécessaires pour cela. Mais sur le coup, je fus un peu gênée et je le fixai un instant avant de détourner ma tête et regarder la direction vers laquelle nous nous rendions. Le trajet devait forcément dépasser les 12h. Je me souvenais avoir fait autant d’heures pour aller au Japon lorsque j’étais petite. Mais jamais davantage. J’avais vraiment peur de m’ennuyer alors pour cela, j’avais pris des livres avec moi dans mon sac. J’avais également décidé de me munir d’un carnet et d’une trousse pour être dans la capacité de noter quelques remarques ou pensées lorsque j’en aurais envie. Un de mes ordinateurs ne m’avait pas quitté non plus. Il servait aussi à y écrire tout ce que je souhaitais. En gros, j’avais de tout pour tenter de tuer le plus possible l’ennui. Pourtant, je n’étais si certaine que cela marcherait. Il y aura forcément des moments où je sentirais l’ennui me prendre. J’avais l’habitude de voyager en groupe, notamment avec mon caméraman, qui ne me parlait que très peu à chaque fois. Je ne savais donc pas si cela se passerait de la même manière avec Cielight.
- Nous verrons cela sur les billets qui nous serons donnés en enregistrant nos valises, expliquai-je quand même pour lui donner une réponse.
Comme il n’y avait pas beaucoup de monde et que, de toute manière, nous avions des billets de première classe, nous passâmes dans une file spécialisée. Je mis ma valise sur la machine qui la pesait puis donnai mon passeport à l’hôtesse d’accueil. En deux trois mouvements, elle me le rendit et m’indiqua toutes les informations dont j’avais besoin. Elle n’oublia pas de m’imprimer le billet d’avion. Une fois que Cielight eut fait la même chose que moi, nous nous rendîmes au contrôle du sac. Je déposai toutes mes affaires donc afin qu’elles fussent contrôlées. Je passai le contrôle et pour une fois, cela ne bipa pas. Je repris mes affaires et attendis mon compagnon. Je le regardais avec le sourire et lorsqu’il termina aussi son passage de la douane, et qu’il tourna la tête vers moi, je ne cessais pas de sourire.
- Nous avons encore quelques minutes avant le voyage, déclarai-je. Vous me semblez également assez fatigué. Un café ça vous tente ?
Avant même qu’il me rejoignît, je me tournai en direction des quelques magasins qui se trouvaient de l’autre côté de la douane. Tout y était bien plus cher en général, mais ce n’était vraiment pas du tout le plus important. En plus du chocolat chaud que j’allais prendre à emporter, s’il était d’accord, je devais m’acheter quelques boissons gazéifiées dont je raffolais, pour le voyage. En bref, j’avais quelques petites courses à effectuer avant de monter dans l’avion. Si cela se trouvait, je trouverai un nouveau livre qui pouvait m’intéresser et que j’aurais le temps de terminer dans l’avion. En tout cas, pour l’instant, j’attendais qu’il fût à ma hauteur. »
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Sujet: Re: Il faut parfois faire des sacrifices pour découvrir la vérité [PV Cielight] 09.01.12 14:01
Pour une raison qui échappait à Cielight, Rose semblait de bien meilleure humeur que la dernière fois où il l’avait vue. Elle lui avait alors paru nerveuse, un brin angoissée même. Cette fois-ci, elle semblait sourire davantage. Peut-être aimait-elle les voyages. Pour sa part, alors qu’elle admettait ne pas connaître le temps de vol, il entama un bref calcul mental. Il connaissait la vitesse moyenne des appareils de l’aéronautique civile, évidemment, même s’il doutait être sur le point d’embarquer dans un appareil construit par sa compagnie et ne pouvait donc fournir qu’une estimation basée sur les moyennes des différents moteurs connus sur le marché. La Shelby traitait beaucoup plus avec des particuliers richissimes et des petites compagnies privées au compte en banque tout aussi garni qu’avec les grandes infrastructures de communication du pays. Toutefois, il ne désespérait pas de réussir à percer sur ce marché. Le nouveau modèle de propulseur – si tant était qu’il arrive enfin à en développer un prototype viable- qui irait forcément de paire avec un nouveau concept d’avion, était l’un des fers de lances de cette tentative d’ouverture à des clients plus ambitieux. Cielight ne pouvait le nier : s’il voulait financer ses recherches en matière d’aérospatial, il avait besoin de gros contrats. Quoiqu’il en soit, le calcul n’était bien compliqué.
« Ca devrait nous prendre 12h et 41 minutes, plus en cas de turbulences », annonça-t-il donc brusquement.
Evidemment, ce calcul était théorique. Il ne pouvait pas réellement prédire avec une telle exactitude le temps de voyage qui leur serait imposé. Un vent contraire à lui seul pouvait changer la donne. Mais il n’était pas à même de prévoir ce genre de chose.
*Je suis sûr que je pourrais améliorer les performances de vol de plus de deux heures si jamais je…* se mit-il aussitôt à penser alors que Rose entreprenait de converser avec l’hôtesse.
S’ensuivit un monologue mental qui ne fut interrompu que lorsque vint son tour d’effectuer les opérations d’enregistrement. Il n’y avait pas foule dans l’aéroport à une heure aussi matinale, aussi furent-ils rapidement débarrassés de leurs bagages et munis de leurs billets. Le contrôle se fit sans encombre, excepté pour la ceinture de Cielight qu’il oubliait toujours d’enlever, ainsi que pour le regard suspicieux que portèrent les agents de sécurité sur sa dégaine. Toutefois, ils ne semblèrent pas détecter chez lui un trop grand potentiel dangereux, car ils lui rendirent ses affaires sans un mot et il pu rejoindre sa compagne qui, encore une fois, souriant. Après un bref moment de réflexion, il décida qu’il la préférait ainsi même si, comme d’habitude, il se trouvait incapable de deviner les raisons de l’humeur de ceux qui se trouvaient en sa compagnie.
« Volontiers ! » , répondit-il lorsqu’elle lui proposa un café.
La pensée de la boisson réveilla une autre sensation au creux de son estomac qui gronda si bruyamment qu’il en fut vaguement gêné. Il lui semblait que ce genre de bruit n’était pas très convenable. Il espérait que personne n’avait rien entendu. Ils se dirigèrent ensemble vers un point café situé non loin d’eux, et Cielight repéra également une vitrine garnie de denrées alimentaires plus consistantes, allant de la simple viennoiserie dorée aux sandwiches sagement alignés en prévision de l’heure de midi. La vue attisa encore son appétit. Il tenta de se souvenir quand il avait mangé quelque chose pour la dernière fois et échoua. Seul le souvenir du café d’Alexänder, servi vers 18h avant qu’il ne prenne congé la veille, lui revint.
Il obliqua soudain en direction de l’appétissant étalage. Rose, pour sa part, semblait s’intéresser à un stand de boissons gazéifiées. Sorti de son atelier, Cielight n’avait pas pour habitude de se priver de nourriture. Il oubliait, c’était tout. Sélectionnant un appétissant sandwiche garni de bacon, que la vendeuse lui emballa avec l’air vaguement perplexe, il fut de retour aux côtés de la journaliste en l’espace d’une minute, la main serrée sur son butin qu’il avait déjà entreprit de dévorer. Alors qu’elle semblait examiner les livres, il repéra pour sa part un grand bloc de feuilles blanches qu’il s’empressa d’acheter ainsi que plusieurs critériums. Comme dans tous les aéroports, les prix étaient un peu prohibitifs, mais il était trop heureux de pouvoir disposer d’un peu de matériel pour travailler.
Lorsqu’il réfléchissait à des prototypes, Cielight aimait à les dessiner sur papier et non les modéliser sur ordinateurs. Il lui semblait plus facile, plus spontané, de dessiner, annoter, modifier des croquis au crayon de papier. La deuxième étape, alors que les principes de bases du modèle étaient en place, se déroulait sur ordinateur. Malheureusement, il n’en était qu’à la première étape, et de toute façon le petit ordinateur qu’il avait pensé à emporter avec lui se trouvait aux tréfonds de sa valise. Ils se dirigèrent ensemble vers le marchand de boissons chaudes. Cielight ne fut pas surpris de la voir prendre un chocolat chaud à emporter (elle avait pris une boisson semblable lorsqu’ils s’étaient rencontrés pour la première fois), et commanda pour sa part un double expresso tout en se saisissant de trois petits sachets de sucre.
« Il me semble que sur le court espace de temps que nous avons passé ensemble, un fort pourcentage a été consacré à la consommation de boissons chaudes », fit-il alors remarquer tout les rajoutant tous dans son café.
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Sujet: Re: Il faut parfois faire des sacrifices pour découvrir la vérité [PV Cielight] 09.01.12 16:42
« Visiblement, il avait vraiment le don de me faire rire aujourd’hui. Depuis le début de la journée, grâce à lui, j’avais beaucoup ris et souris. Il avait déjà égayé un début de journée que je pensais voué à l’ennui et à la fatigue. Heureusement ce n’était pas le cas et j’espérais que cela allait continuer. Encore une fois, alors que nous nous dirigions vers le petit café où il y avait également de la nourriture, j’entendis son ventre gargouiller. En effet, ce dernier avait apparemment très faim et je me demandais s’il avait consommé quelque chose avant de partir. Probablement pas, d’où le fait que son ventre criât famine. Cela me fit pousser un petit rire discret afin qu’il ne le vît pas. Je n’avais pas envie qu’il sût que j’avais entendu. Ensuite, je notai le fait qu’il regardait les sandwichs présents. Je décidai donc de le laisser tout seul quelques instants et me séparai de lui pour me rendre à l’endroit où je pouvais acheter mes boissons. Lorsque j’avais tout dans les mains, je me dirigeai vers le rayon des livres. Malheureusement, je ne trouvai rien de très intéressant et donc j’allais devoir me contenter des livres que j’avais emmené avec moi. Pendant ce temps, je vis que Cielight avait bondi sur les blocs de papiers ainsi que des crayons. Une nouvelle fois, je ne pus m’empêcher de sourire. Cela me rappela tout de suite la fois où nous nous étions rencontrés dans ce petit café de Gladsheim. Il avait alors dessiné des plans et schémas sur des serviettes. Il avait certainement besoin de ces feuilles pour continuer ce qu’il avait déjà entrepris.
Tout d’un coup, en le regardant, toujours en souriant, je me perdis dans mes pensées. Il fallait que je fusse également consciente que cette expédition ne sera pas seulement le moment de travailler ensemble, mais également de se connaître davantage. Il n’y avait pas grand-chose à faire dans les endroits froids de Sagaland et j’étais sûre et certaine, que pendant une semaine voire deux, nous aurions le temps de beaucoup discuter. Cela nous permettrait de créer une nouvelle amitié, très probablement. Je me voyais assez mal être en désaccord avec lui. Il paraissait d’être un homme plutôt calme. Après, les apparences étaient certainement trompeuses, mais j’en doutais. J’allais le découvrir après ces quelques jours de vie commune. Puis, je dérivais dans des pensées un peu plus insensées. A quand remontait la dernière fois que j’avais été avec quelqu’un ? Bien longtemps, plus d’un an, certainement. A cet instant, sans m’en rendre compte, je perdis mon sourire, mais j’étais toujours et encore dans mes pensées. Sauf que je semblais plus déprimée désormais. A chaque fois que je pensais à mes relations amoureuses, le résultat était toujours le même : cela me minait énormément. Finalement, j’étais un peu désespérée au fond, mais je ne voulais pas l’admettre. Je fixai toujours Cielight, qui content de ses achats, se dirigeait peu à peu dans ma direction. Tout d’un coup, en pensant à lui et en même temps à mes relations amoureuses foireuses, je frissonnai. Je n’avais pas froid, bien au contraire. Je me mordis alors la lèvre inférieure et bougeai frénétiquement la tête de gauche à droite pour reprendre mes esprits, et surtout, me séparer de cette dernière pensée.
Cielight arriva alors à ma hauteur et nous allâmes ensemble à l’endroit adéquat pour nous acheter les boissons chaudes à boire instantanément. Lorsque je pris mon chocolat chaud et lui son café, il sortit à nouveau une plaisanterie. Cette fois-ci, ce n’était pas ses faits et gestes qui me faisaient sourire, mais ses mots. Je ne me retins donc pas cette fois-là et j’explosais de rire. Ce n’était pas spécialement si drôle que cela, mais pour moi, un peu quand même. Il avait raison. La dernière fois que nous nous étions vus, c’était dans un café. Aujourd’hui également, nous étions en train de prendre un café. Enfin de mon côté, c’était un chocolat chaud. En tout cas, ceci eut le don de me remettre d’aplomb suite à mes pensées tristes d’il y avait à peine quelques secondes. Je me remis donc à sourire encore une fois.
- C’est vrai, vous avez raison, dis-je simplement, sans cesser de sourire, en me rendant tout d’un coup compte que j’étais certainement ridicule à lui dire simplement cela.
Je regardais alors l’heure et proposais à Cielight de nous diriger vers la porte d’embarquement, qui avait d’ailleurs du déjà commencer. Je notai le fait que l’avion n’était pas très grand et qu’il y avait très peu de personnes qui le prenaient. Il ne devait donc pas y avoir beaucoup de places en première classe et surtout, cela ne devait pas être aussi confortable que dans des avions plus grands ou du moins, dans des jets privés. Je soupirais intérieurement et pensais déjà au long voyage que nous allions entreprendre. Je ne pouvais en vouloir qu’à moi-même. J’étais la seule qui avait proposé cette excursion en Sagaland à mon compagnon de voyage. Néanmoins, je ne laissais rien paraître de ce petit agacement que je ressentais à cet instant-là. Je ne cessais pas de me diriger vers l’hôtesse qui vérifia une nouvelle fois mon passeport et le billet d’avion, une fois que j’étais à côté d’elle et les lui présentait. Puis, nous montâmes dans l’appareil et nous nous installâmes à nos places respectives. Les personnes entrèrent rapidement et lorsque tout le monde fut assis, l’équipage commença à montrer les conseils de sécurité. Je ne les regardais même plus puisque cela faisait de nombreuses fois que je les avais vus faire. Je connaissais presque toutes les consignes par cœur. Je pouvais facilement me mettre à la place de l’hôtesse de l’air. J’ouvris donc mon sac et regardais à l’intérieur. Je pensais alors que ce n’était pas une très bonne de tout de suite sortir un livre et se mettre. C’était totalement impoli et je n’avais pas envie de passer pour la femme qui ne s’intéressait pas à l’autre et qui ne voulait pas parler. Je refermai donc le sac à main et le posai sous mes pieds. L’avion démarra à cet instant pour se rendre sur la piste de décollage.
- Est-ce la première fois que vous prenez l’avion ? J’espère que vous n’avez pas peur.
C’était assez pitoyable comme question, mais je n’avais pas trouvé grand-chose d’autre. En tout cas, je notai encore le fait que je n’avais toujours pas cessé de le vouvoyer. Bien sûr, il se pourrait probablement que je fusse amenée à le tutoyer par la suite, mais pour l’instant, je restais encore dans la politesse, ne sachant pas trop à quoi me tenir. »
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Sujet: Re: Il faut parfois faire des sacrifices pour découvrir la vérité [PV Cielight] 10.01.12 11:41
A l’énoncé du fait certain que leurs relations se résumaient pour l’heure à une prise en commun de café ou de chocolat chaud, Rose s’était mise à rire. Cielight l’avait regardé, un peu interdit, mais avait quand même sourit. Après tout, même s’il n’avait pas eu l’impression de proférer autre chose qu’un fait un peu étrange, il n’était pas contre le fait de la faire rire. Ce n’était pas tous les jours qu’il arrivait à dérider une femme. En général, ses blagues étaient souvent accueillies par un silence consterné. Il n’y pouvait pas grand-chose si personne ne se donnait la peine de posséder une culture cinématographique digne de ce nom. Quoiqu'il en soit, il lui semblait toujours un irréel de se retrouver là, avec une présentatrice télé en vue qu'il connaissait à peine mais avec laquelle il s'apprêtait à s'embarquer dans une aventure dont l'issue était encore incertaine.
Ils embarquèrent sans encombre majeur. Cielight regarda autour de lui avec intérêt. Les avions constituant une grande partie de son fond de commerce, il ne lui était jamais inutile d’étudier le sujet. Ils prirent place dans les sièges confortables de la première classe. Rose se mit aussitôt à fouiller dans son sac à main, ce qui n’alarma pas Cielight plus que cela dans la mesure où l’étrange lien qui unissait une femme et son sac à main avait déjà maintes et maintes fois été porté à son attention. Apparemment, l’objet renfermait un nombre de choses quasiment illimité, à croire qu’il donnait en réalité sur une autre dimension entièrement consacrée au stockage d’objets pouvant s’avérer utile à un moment où à un autre de la journée. Le jeune homme la guetta du coin de l’œil s’attendant presque à la voir sortir un ustensile quelconque prouvant que les sacs à main n’étaient pas des accessoires normaux, mais elle le referma d’un coup sec et le plaça sous ses pieds. Il fit de même avec le sac qui contenait son bloc de feuilles et ses crayons.
Il s’absorba dans la contemplation de l’hôtesse qui achevait de leur transmettre les consignes de sécurité. Elle était vêtue de l’uniforme réglementaire qui, au premier abord, lui sembla fort seyant, puis lui apparu dans tout son côté paradoxal. Comment diable cette femme allait-elle pouvoir lui sauver la mise en cas de danger engoncée dans cette minuscule jupe ? Etait-il seulement possible de courir avec cette chose ? Heureusement, Cielight n’était pas du genre à avoir peur en avion. Il connaissait les principes physiques qui les maintenaient en l’air. A part en cas de gros problèmes, qui étaient statistiquement rarissimes, l’avion tiendrait en l’air. C’était physique. Leur vitesse et l’aire plane constituée par les ailes ne pouvaient pas soudainement disparaître. Il entreprit d’enlever sa veste, un vêtement sobre de couleur kaki. Nulle décoration – il avait été un bien piètre soldat, et de toute manière la guerre avait été perdue – ne venait l’égayer. Seul l’écusson sur l’épaule droite révélait l’origine véritable du manteau, mais ce n’était pas ce qui l’intéressait. Il était confortable, et il avait eu nombre de ses meilleures idées blotti dedans, alors qu’il servait l’armée. Il avait l’impression qu’il était indispensable à sa réflexion, à ses coups de génie et à sa réussite. En plus, il était chaud. Trop chaud pour le garder dans l’avion. Rose lui demanda alors si c’était la première fois qu’il volait.
« Non », répondit-il. « Je conçois des avions, alors je me dois de monter régulièrement dedans. Et vous ? Je suppose que vous voyagez beaucoup ? Je n’ai pas eu l’occasion de quitter Gladsheim depuis un moment. »
Et puis, il n’était plus retourné sur l’ancien continent américain depuis que lui et sa famille avaient émigré à la fin de la guerre. Il avait entendu dire que le Muspell se remettait lentement des dévastations, que la région reprenait du poil de la bête. Il en éprouvait un sentiment étrange de fierté mélangée à une certaine culpabilité. Il était parti, cherchant un nouveau départ, sans participer à l’effort de reconstruction de la terre qui l’avait vu naître. Mais il n’y pensait jamais longtemps. Rapidement, le travail reprenait le dessus. Peu importait l’endroit où il se trouvait du moment qu’il pouvait y accomplir ses rêves. Heureusement, ils se rendaient en Sagaland, et non à Muspell : il n’aurait pas à affronter ce sentiment. Le Sagaland était une région nettement plus accidentée, et on racontait que la criminalité y était au plus haut. Il espérait ne pas avoir à en faire l’expérience durant leur expédition. Il jeta un regard vers Rose. Sans son maquillage et son air angoissé, elle paraissait encore plus jeune. Il n’envisageait pas de la laisser courir le moindre danger, mais il ne savait pas s’il était le plus qualifié pour assurer la protection d’un si joli brin de femme. Quoiqu’il en soit, il essaierait. Il n’était pas venu pour être un poids mort.
Le bruit des moteurs de l’avion qui sifflaient doucement depuis plusieurs minutes alors qu’ils se dirigeaient vers la piste de décollage s’intensifia, et il s’empressa de boucler sa ceinture devant le regard sévère de l’hôtesse. Il lui adressa un sourire contrit, mais la chose ne fonctionna guère. Il se tourna vers Rose.
« Je n’ai pas pensé à vous remercier de vous être chargée de toutes les formalités pour cette excursion. Je dois vous avouer que je ne suis l’homme le plus à même d’organiser quoique ce soit de ce type. »
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Sujet: Re: Il faut parfois faire des sacrifices pour découvrir la vérité [PV Cielight] 11.01.12 9:14
« Malgré le fait que j’avais vérifié il y avait quelques jours de cela, les activités de la Shelby Aerospace, depuis la dernière fois que j’avais rencontré son directeur, j’associais la société avec l’espace et les étoiles plutôt qu’avec des avions. Je n’en avais aucune idée de la raison pour laquelle une telle association m’était venue avec le temps. Il était pourtant clair et net que tous les plans que Cielight avait conçus sur les serviettes du café précédent, étaient tout simplement des schémas de moteurs d’avions ou encore d’autres parties de celui-ci. De mon côté, j’avais imaginé que cela constituait les parties de différentes fusées à envoyer dans l’espace ou encore de satellites qui visiteraient les autres planètes. Je m’étais trompée depuis lors. Mais d’un autre côté, il ne fallait pas trop m’en vouloir, car je ne connaissais en rien ce domaine-là et je faisais rarement la différence entre tous ces engins-là et la raison pour laquelle ils servaient. En tout cas, j’étais quelque peu surprise donc lorsque mon compagnon de voyage m’apprit qu’il montait dans des avions assez souvent pour les essayer. J’avais l’impression alors de rougir, consciente de l’erreur que j’avais faite, à savoir la fausse association. En y réfléchissant bien, si cela se trouvait, dans quelques années, les avions privées de la UNNTV seraient créés par la Shelby Aerospace. Je regardais alors Cielight et l’écoutais en même temps. Il me posa aussi quelques questions mais je n’eus pas le temps de lui répondre encore puisqu’une hôtesse de l’air le darda de son regard. Je le vis alors tenter de fermer sa ceinture en vain et cela me fit une nouvelle fois sourire.
- En effet, depuis ces quelques mois où je travaille pour la UNNTV, j’ai été amenée à voyager beaucoup, répondis-je alors pendant qu’il se préoccupait par sa ceinture. J’ai passé de nombreuses heures dans des avions.
La dernière phrase sonnait plus comme un regret. En fait, c’était juste que ce n’était pas toujours très marrant de se retrouver dans un avion, surtout lorsqu’il n’y avait rien à y faire. Voyager en avion ne me dérangeait pas du tout et je n’en avais pas peur comme certains. Pourtant, comme je m’y ennuyais assez rapidement, je n’aimais pas spécialement le prendre. Même quand il s’agissait de mon travail. Néanmoins, dans la vie de tous les jours, l’avion était le moyen indispensable et le plus rapide pour se déplacer d’un bout à l’autre du monde. Je n’avais pas le choix. Et je préférais largement l’ennui dans un avion plutôt que l’ennui sur un bateau. Certes, je n’avais pas souvent été amenée à travailler sur un bateau ou à faire des croisières ces derniers temps, mais je savais parfaitement comment le temps pouvait y paraître très long. Surtout lorsque l’on regarde l’horizon et que pendant plusieurs jours, aucune terre n’était en vue. Je n’étais pas partisante de l’idée d’être cernée par la mer sans savoir si nous étions loin ou pas des côtes. Perdue dans mes pensées, je ne fis même pas attention que mon partenaire était en train de me parler. Pourtant, mon cerveau comprit le mot « remercier ». A ce moment-là, je fus à nouveau consciente de la réalité. Cela ne changeait pas le fait que pour l’instant, je ne comprenais pas vraiment pourquoi il souhaitait me remercier. Pour m’être occupée du voyage, d’accord. Ce n’était vraiment pas grand-chose. J’avais l’habitude, même si pour moi également, la direction se chargeait souvent des différentes formalités de mes voyages d’affaires.
Enfin, il me fit rire une nouvelle fois. Je ne pus m’empêcher non plus cette fois-là, d’exploser de rire. J’espérais simplement que cela ne le dérangeait pas que je riais aussi ouvertement de tout ce qu’il disait. Je n’avais tout de même pas envie de le vexer. Pourtant, il me semblait si drôle. Il n’était donc pas l’homme à s’occuper de tout cela. Tout d’un coup, je m’imaginais son assistant qui croulait sous les organisations de rendez-vous et autres occasions, pendant que Cielight travaillait sur ses schémas. Après tout, il y avait toujours des postes qui avaient des responsabilités différentes. Un assistant de direction était justement présent pour permettre au directeur de ne pas se préoccuper de cette partie-là du travail, afin de se concentrer sur d’autres choses plus importantes. Puis, je m’imaginais la tête que pouvait avoir Cielight s’il apprenait qu’il devait lui-même se charger de réserver un billet d’avion ainsi que de trouver un moyen de vivre là où il se rendait. C’était plutôt drôle, tout comme la façon dont il avait prononcé ses paroles.
- Veuillez m’excuser, mais vous me faites sans cesse rire depuis ce matin, avouai-je, même si cela était fort évident. J’espère que cela ne vous dérange pas, mon but n’étant pas que vous vous sentiez mal parce que je rigole lorsque vous dites quelque chose, ou faites quelque chose.
Une hôtesse de l’air m’interrompit alors dans mon rire lorsqu’elle vint me demander ce que je souhaitais boire. L’avion avait déjà décollé depuis plus d’une minute et, même s’il n’avait pas encore atteint la bonne altitude de vol, la femme était quand même venue s’enquérir pour me servir dès le moment où elle pouvait. En gros, elle prenait sa commande. Même si je ne comprenais pas bien son raisonnement, je lui répliquai que pour l’instant, je n’avais envie de rien. J’avais avec moi mes boissons gazéifiées et cela me suffisait. Je n’avais pas besoin de champagne ou autre boisson spéciale, qu’ils offraient. En plus, nous étions encore le matin et à peine réveillée, je n’allais tout de même pas prendre une boisson alcoolisée. Quand elle partit, je me sentis tout d’un coup assez fatiguée encore une fois. Je baillai instantanément, et quand je m’en rendis compte, je mis tout de suite ma main sur ma bouche par politesse. En plus de cela, j’avais espéré que ce n’était pas si contagieux et que Cielight ne serait pas pris par un bâillement lui aussi. Je détestais bailler. La personne avec laquelle on était, avait souvent ainsi l’impression d’être ennuyante. Ce n’était pas tout le temps le cas. C’était simplement que je n’avais pas dormi assez et surtout, parce que j’avais mal dormi. Je tournai la tête vers mon partenaire, avec de petites larmes aux coins de mes yeux ramollis à cause du bâillement et de la fatigue.
- Vous aviez raison, tout à l’heure, je suis fatiguée. Si cela ne vous dérange pas, je vais donc faire une petite sieste.
En réalité, je n’avais pas besoin de son approbation pour m’endormir. C’était simplement une façon plus polie de lui dire que j’allais le laisser tout seul pendant quelques temps et qu’il devait trouver une préoccupation autre que de me parler. Sans attendre quoi que ce fût de sa part, je trouvai une position confortable dans laquelle je pouvais me mettre. Puis, je fermai les yeux et tentai de ne penser à rien. Je m’endormis assez rapidement. »
Spoiler:
Je pense qu'à mon post suivant, nous pouvons déjà raconter notre arrivée à l'endroit prévu ou alors notre première journée de recherches. Qu'en penses-tu ?
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Sujet: Re: Il faut parfois faire des sacrifices pour découvrir la vérité [PV Cielight] 11.01.12 12:32
Rose lui expliqua qu’elle voyageait beaucoup pour son travail.
« Ca doit être très intéressant », commenta-t-il automatiquement en songeant que lui ne changeait que rarement de territoire. Il se contentait de monter dans ses avions pour des vols d’essais souvent très brefs. Quoiqu’il en soit, on lui avait souvent dit qu’il était de bon ton de marquer de l’intérêt pour l’activité des autres. Il avait conscience que de nombreux métiers passionnants existaient, et il ne doutait pas que le journalisme fut l’un d’entre eux, mais tout cela lui semblait extrêmement lointain.
Puis elle rit, et il se demanda une nouvelle fois ce qu’il avait pu dire. Elle s’en excusa aussitôt, réalisant sans doute qu’elle riait de tout depuis près d’une heure, et il esquissa un sourire nerveux. On lui avait dit un jour qu’il était bon de faire rire une femme, mais il ne savait pas vraiment s’il devait prendre l’incessante hilarité de Rose comme un compliment dans la mesure où il n’essayait pas particulièrement d’être drôle. Apparemment, elle tenait à clarifier les choses, ce qui tendait à indiquer qu’elle ne souhaitait pas le blesser. Il y avait de toute manière peu de chance pour que cela arrive. Les moqueries l’atteignaient rarement, au même titre que les critiques. Il avait trop souvent dû agir contre l’avis de tous, soutenir des opinions contestées par ses collègues, pour s’en soucier réellement. Toutefois, Rose et lui allaient passer les prochains jours ensemble, et il était conscient de la nécessité que leurs relations restent au beau fixe.
« Je vous préfère quand vous riez », annonça-t-il donc pour la tranquilliser et parce que c’était la vérité.
Il n’aurait probablement pas été à l’aise si Rose avait été aussi nerveuse que lors de leur première rencontre. Il ne savait pas comment gérer les femmes lorsqu’elles se comportaient ainsi. Il ne comprenait jamais quel était leur problème et il s’avérait souvent qu’il en était à l’origine, même si c’était de manière fortuite. Au moins, tant qu’elle riait, Rose restait dans son domaine de compétence en matière de relations humaines. Parlant de relations humaines, une hôtesse vint s’enquérir de leurs souhaits à peine l’avion revenu à l’horizontale. Rose affirma ne rien vouloir, mais Cielight avait encore faim, alors il lui réclama un paquet de cacahuètes. La femme s’éloigna entre les sièges.
Le jeune homme réalisa que sa conversation avec la journaliste allait sans doute être écourtée parce qu’elle se mit à bailler d’une manière qui laissait à penser que son premier diagnostic comme quoi elle avait l’air fatigué s’avérait exact. Lui-même n’avait dormi que deux petites heures cette nuit là, mais ce sommeil était encore trop récent pour qu’il éprouve un réel besoin de dormir. Il hocha la tête sans faire de commentaire lorsqu’elle lui annonça qu’elle allait faire la sieste et la regarda s’installer. Elle trouva rapidement une position, et il se dit qu’en effet elle devait avoir l’habitude de prendre l’avion – et par conséquent d’y dormir – vu son habileté à coincer ses jambes, caler sa tête et s’endormir aussitôt.
Il se passa quelques instants où Cielight resta immobile, observant les allées et venues des hôtesses et des passagers qui avaient commencé à se déplacer dans l’appareil. Bientôt, on lui apporta ses cacahuètes, qu’il commença aussitôt à grignoter pensivement. Il finit par attraper ses achats sous son siège, ouvrir son bloc-notes et commencer à griffonner sans inspiration sur la première page. Il reproduisit, en plus petit, les plans auxquels il avait abouti la veille et qu’il avait laissé sous clé dans son atelier. Il acheva une équation laissée en suspend, puis se trouva dans la même situation que quelques heures auparavant. L’équation indiquait un quotient de chauffe supérieur à ce que la carlingue qui recouvrait les réacteurs était capable de supporter. Cielight devait trouver un moyen de limiter la déperdition d’énergie à l’origine de cette surchauffe en la canalisant plus efficacement dans le corps du moteur, mais il ne parvenait pas à trouver un dispositif suffisamment efficace et petit pour être introduit dans ce système.
Il n'avait pas eu le temps de soumettre le problème à son équipe d'ingénieurs.
Alors qu’il planchait en vain sur le sujet, la tablette couverte de feuilles remplies de calculs, puis de gribouillis impatients, il ne sentit même pas la torpeur le gagner. Le sommeil le faucha brusquement, crayon en main, et effaça le pli soucieux et agacé qui était venu creuser son front.
Spoiler:
Non, au contraire. On ne va pas passer trois pages sur l'avion ^^ Nos deux compères dorment, c'est le moment pour une ellipse :p
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Sujet: Re: Il faut parfois faire des sacrifices pour découvrir la vérité [PV Cielight] 12.01.12 5:17
21 février 2055
« L’arrivée à l’aéroport s’était passée sans aucune encombre. Nous étions descendus de l’avion pour récupérer nos bagages. C’était toujours le moment que je détestais le plus. L’attente était toujours insoutenable et je ne pouvais pas être sûre s’ils n’avaient pas perdu ma valise ou non. Or, je ne supportais pas l’instant où je me rendais compte que je n’avais pas mon bagage. En réalité, cela ne m’était pas encore arrivé – fort heureusement – néanmoins, je connaissais déjà ma réaction si cela était le cas. Cette fois-ci non plus, ils n’avaient pas envoyé ma valise dans une autre région, tant mieux. Lorsque nous sortîmes, un homme nous attendait déjà devant la porte. Il était là pour nous amener dans un petit village plus au nord de cette ville, qui était la plus grande des environs. Il nous signala que le voyage durerait encore trois heures pour rejoindre le village puisque la neige et parfois la glace, gênaient beaucoup la progression des voitures sur la route. De plus, le petit village se trouvait un pue en hauteur alors il n’était pas toujours facile de s’y rendre rapidement. Il me sembla que c’était le propriétaire des quelques huttes en bordure du village que l’on pouvait louer. Je n’avais rien trouvé d’autre sur le net. Je savais simplement que c’était le village le plus proche de l’endroit où nous allions faire nos recherches. Puis également que les habitants du coin n’étaient pas les plus riches qui fussent, mais ils vivaient heureux au moins. Apparemment, c’étaient les seuls de cette vaste zone car en Sagaland, le moral de la population était très bas. En tout cas, l’homme ne nous parla que très peu pendant le trajet et de mon coté, je n’osais pas non plus parler avec Cielight pour ne pas dire quelques trucs qu’il ne fallait pas. Notamment concernant nos recherches. J’estimais que ce n’était pas vraiment d’exposer à tout le monde ce que nous faisions dans le coin. Surtout, je n’avais pas envie de me faire attaquer et agresser au cas où.
Lorsque nous arrivâmes enfin sur place, les habitants furent tous très curieux de notre présence. Chacun arrêta donc ce qu’il était en train de faire pour nous accueillir. J’étais souriante malgré la fatigue – oui, parce que le décalage horaire se faisait également sentir – et je les remerciai de cette attention. Par la suite, l’homme nous montra donc la petite hutte dans laquelle nous allions passer ces quelques prochains jours. Il ne fallait pas s’attendre à du confort dans cette partie du monde et quand j’entrais dans la hutte, je découvris deux matelas plutôt fins posés sur le sol. Des couvertures faites avec de la peau d’un animal étaient mises sur ces matelas. Il y avait un peu de places pour poser deux valises et également une petite table basse sur l’un des côtés. Le nécessaire minimum. Je me souvenais également avoir loué un camping car qui avait été, d’après ce que j’avais compris, amené tout près du site. L’homme me confirma ce que je pensais et m’indiqua qu’il était possible de s’y rendre seulement en traîneau, tiré par des chiens. Le lieu que nous étions censés chercher se trouvait à une demi-heure de traîneau du village. Si dans ce camping car il y avait un lit et une couverture, je risquais souvent de ne pas rentrer au village car cela semblait bien plus confortable que la hutte. Mais pour l’instant, pour les deux nuits qui vinrent, j’étais obligée de rester là. En effet, le jour de notre arrivée, tout le village avait souhaité que nous passions du temps avec eux. Nous n’avions donc pas eu de moment pour nous afin de discuter de notre mission. Par la suite, j’étais tellement exténuée par le décalage horaire, que je ne me rendis pas compte que je m’étais réveillée très tard le lendemain. Toute la demi-journée du 20 février, j’essayais de parler de notre projet avec Cielight et surtout, comment il souhaitait s’y prendre et comment il voyait les recherches.
Le 21 février, nous pûmes enfin partir pour notre première journée d’exploration. Les habitants nous louèrent un traîneau avec des chiens et nous rejoignîmes le camping car en une demi-heure, comme prévu. Le temps était encore à cinq minutes du camping car puisque j’avais demandé à ne pas le placer à côté du site de recherche. Même si de toute façon, bien des gens devaient avoir des doutes sur ce que nous venions faire dans la région, il valait mieux en dire et en montrer le moins. D’après ce que j’avais compris dans les paroles de Nils Nansen, cet endroit n’était pas forcément le bien vu. J’avais quand même un peu peur de passer pour une fanatique, mais finalement je pensais que les habitants des alentours ne devaient pas être informés de ce qu’étaient les fanatiques et surtout, de ce que renfermait ce temple en ruines. J’avais pris avec moi mon sac avec tous les papiers et les stylos pour noter ce que je voyais ou découvrais par la suite. Je n’avais pas oublié quelques affaires au cas où si nous devions rester ici sans rentrer pour dormir dans la hutte. Puis, j’étais bien heureuse de trouver quelques conserves dans un des placards du camping car, puisque je n’avais pas eu le temps de dénicher assez de nourriture pour deux personnes à midi, voire le dîner. Je m’asseyais un instant sur le canapé au fond de ce dernier, qui pouvait faire office de lit tellement il était grand – mais plutôt fin pour deux personnes à moins de se serrer – et je regardais la table de l’autre côté. En réalité, j’essayais simplement d’imaginer comment nous pouvions nous organiser pour y installer toutes nos recherches et autres accessoires si nous en avions. Allions-nous aller ensemble au temple, ou chacun son tour ? Je n’en avais aucune idée et je devais en parler avec Cielight.
Mais pour l’instant, il était temps pour nous deux d’aller enfin découvrir ce lieu pour lequel nous étions venus tous les deux. Enfin de mon côté, j’étais seulement intéressée par le site. En ce qui concernait mon compagnon, je n’en avais aucune idée. Pourtant, nous prîmes le traîneau encore une fois et quelques minutes plus tard, nous fûmes sur place. Mes yeux s’écarquillèrent alors devant la beauté du temple, même s’il était en ruines. Je n’avais jamais vu quelque chose de tel dans toute ma vie. D’un côté, il fallait avouer que je n’étais jamais venue dans un tel endroit où il faisait aussi froid. Le froid. J’avais encore un peu de mal à m’y habituer. J’avais tout le temps mal aux joues, c’était vraiment désagréable. Souvent je tremblais énormément, malgré toutes les couches que j’avais sur moi pour combattre le froid. En tout cas, pour l’instant, ce n’était pas le plus important. Je regardais le temple. Quelques murs blancs étaient encore debout pendant que de nombreux morceaux jonchaient sur le sol. Le toit s’était écroulé, mais les composants de celui-ci n’étaient pas éparpillés un peu partout alors on pouvait facilement savoir que cela avait été un jour un toit. Ce qui me fascinait le plus, c’était le fait que cet endroit supportait le froid et le vent glacial sans cesse et qu’il restait presque intact. C’était impressionnant. Pour l’instant, je ne voyais pas encore l’intérieur car il devait y avoir des escaliers pour descendre dans les endroits dont m’avait parlé Nils Nansen. C’était là-bas que nous trouverions certainement les dessins, les signes mystérieux et, espérons-le, encore pleins d’autres choses.
- C’est …
… magnifique, j’allais dire mais rien ne sortit de ma bouche. Les chiens s’étaient arrêtés puisque nous étions déjà devant la « porte » qui menait vers le temple. Pendant quelques secondes, je sus que je ne pouvais pas encore bouger car trop impressionnée par la beauté de cet endroit. Qu’en pensait Cielight ? »
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Sujet: Re: Il faut parfois faire des sacrifices pour découvrir la vérité [PV Cielight] 12.01.12 13:31
Cielight avait l’impression que les derniers jours s’étaient déroulés dans un brouillard étrange. Lui qui avait vécu si peu de choses inhabituelles depuis la fin de la guerre se retrouvait soudainement plongé dans un environnement totalement étranger, où le froid vous étourdissait quand il ne vous engourdissait pas. Pourtant, il ne se sentait pas mal. Il avait dormi un temps inexplicablement long dans l’avion, si bien que lorsque Rose et lui avaient émergé de l’appareil pour récupérer leurs bagages – la jeune femme avait paru étrangement tendue au moment de cette étape – il se sentait à peu près comme s’il venait de consommer une quelconque substance illicite. Son esprit lui semblait engourdi, au même titre que le reste de son corps, et il vécut donc le voyage qui les amena vers le village où ils devaient séjourner dans un silence somnolent. De son côté, Rose semblait plus alerte, mais guère plus loquace. Décidemment, il ne savait pas ce que tout le monde avait avec cette histoire de sommeil, mais il n’était pas réellement sûr de l’utilité de quelque chose qui vous anéantissait le cerveau dès que vous vous y adonniez. Evidemment, il ne lui traversa pas l’esprit une seconde que dormir régulièrement lui éviterait d’avoisiner le coma dès qu’il s’accordait une seconde de répit.
Il remarqua toutefois un net changement dans sa forme physique lorsqu’il fallut descendre de la voiture et se mêler à la foule curieuse des villageois qui semblaient considérer leur arrivée comme l’événement de leur année. Il se sentait plus léger, et il lui semblait qu’il avait soudain plus de force. Ils insistèrent pour les convier à peu près à toutes leurs sauteries, ce qui ne mit pas le patron de la Shelby en joie. Il n’aimait pas beaucoup les rassemblements, et il savait déjà qu’il n’aurait pas grand-chose en commun avec ses interlocuteurs. Aussi passa-t-il les deux jours suivants dans un silence relatif, répondant aux questions qu’on lui posait sans pour autant chercher à discuter davantage. Rose, pour sa part, assura l’essentiel de la communication avec les habitants. Elle était beaucoup plus douée que lui en matière de communication, ce qui n’avait rien de particulièrement étonnant.
Il avait fini par comprendre le mutisme de Rose. Elle ne voulait pas risquer de passer pour une fanatique et leur attirer des ennuis. Il s’était instinctivement rangé à son opinion, même s’il doutait que les villageois représentassent une quelconque menace. Il se fichait en outre de ce qu’ils pouvaient penser de lui. Elle avait l’air fatigué en descendant de l’avion, et lui confia qu’il s’agissait d’un décalage horaire. Pour l’heure, il n’en avait pas réellement senti les effets, ou du moins il ne s’était pas senti vraiment différent de d’habitude. Les conditions de vie étaient sommaires, et il devait convenir que dormir roulé en boule dans sa veste, sous une couverture velue, lui rappelait un peu l’armée, mais cela ne l’empêchait pas de dormir les quelques heures nécessaires. Parfois, il entendait sa compagne grelotter dans son sommeil et il s'était demandé s'il aurait été de bon ton de lui céder sa veste. Indécis quant à la conduite à tenir, il n'en avait finalement rien fait. Rose et lui finirent par discuter longuement, à l’abri de leur hutte, de l’organisation qu’ils adopteraient dans leur recherche.
Bientôt, cependant, ils purent prendre le chemin de leur camping car. Rose avait manifestement songé à en louer un non loin du site. Il ne fit aucun commentaire lorsqu’ils quittèrent le village, mais il se réjouissait secrètement de toucher enfin au but réel de leur voyage, et de s’y rendre en traîneau. Ce moyen de transport était fascinant : la façon dont le poids du véhicule, taillé pour se faire le plus léger possible sur la glace, se répartissait entre des chiens habitués à travailler ensemble et à optimiser leur course lui apparaissait comme un dispositif d’une simplicité extrême dans la nature, mais inimitable sans une armada de technologie en matière d’ingénierie. Si seulement il existait des créatures capables de se rendre dans l'espace, il n'aurait plus besoin de se fatiguer à concevoir des moteurs performants et de prévoir leurs taux d'instabilité.
Enfin, ils atteignirent le camping-car. Alors que Rose faisait le tour du propriétaire avant de s’effondrer dans le sofa, au fond, il s’appuya contre le petit plan de travail qui jouxtait les deux réchauds à gaz qui tenaient lieu de cuisinière.
« C’est sympa », dit-il, parce qu’il avait la sensation d’être resté muet très longtemps.
Il préférait cela à la petite hutte.
Ils repartirent presque aussitôt en direction du site du temple. La glace filait sous les patins de leurs traîneaux et le vent glacé leur fouettait les joues. Cielight sentait parfois ses yeux le piquer et des larmes chaudes rouler sur sa peau avant d'y geler à moitié dans une sensation brûlante. Mais le voyage ne dura pas longtemps, contrairement à la longue chevauchée qui les avait amenés du village. Bientôt, un très grand amas de ruines blanches se dressa devant eux, et Cielight retint son souffle. Soudainement, peut-être parce qu’il se trouvait enfin à l’endroit qui consistait son objectif, il ressentit une vive bouffée d’excitation. A ses côtés, Rose semblait tout aussi extatique. Elle ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais en fut incapable. Sans attendre, Cielight descendit de son traineau et marcha en direction du chambranle de la porte titanesque qui s’élevait maintenant devant eux. La matière dans laquelle elle était taillée pouvait être de la pierre, mais il n’y avait guère de pierre dans ces contrées glacées, et de la roche se serait érodée avec le temps et le vent qui semblait souffler continuellement sur cette région du monde. Il porta sa main à ses lèvres et arracha l’une de ses moufles avec les dents, sans se soucier du froid mordant qui s’enroula aussitôt autour de ses phalanges comme un serpent acide. Il promena ses doigts sur la surface étonnamment lisse. Bizarrement, elle n’était pas aussi froide qu’il aurait pensé. Une fine couche de glace la recouvrait qui s’accrocha à la pulpe de ses doigts comme autant de petites ventouses, mais il n’y avait pas de trace de fissures, de failles ou de tout autre dégât qu’aurait pu provoquer le gel. Le toit s’était bien effondré, mais il ne s’agissait pas de morceau épars. Il semblait être tombé d’un seul bloc, comme si le bâtiment avait été décapsulé.
Intéressant.
« Intéressant » , dit-il.
Il remit sa moufle tant bien que mal. Il n’avait tout de même pas envie de perdre sa main. Il y tenait. L’un des chiens du traineau de sa compagne aboya, le faisant sursauter, et il se tourna vers Rose.
Il faut parfois faire des sacrifices pour découvrir la vérité [PV Cielight]