Dérangée, sinistre, ambivalente, énigmatique. Si Xian attire les rumeurs comme les asticots sur les cadavres. On la dit nécrophile, déséquilibrée, immorale et obscène. Un corps souillé de milliers d'hommes, un cœur souillé par les déchets d'une société capitaliste, un esprit souillé par le feu des bombes et le cri des enfants.
Les enfants.
Elle les aime tant, les enfants. Petits, innocents, purs et rares, si rares, si fragiles. Petits trésors en voie d'extinction. Elle les aime autant qu'elle les déteste, qu'elle les répugne, qu'elle crache sur leur minois de chérubin, qu'elle brûle leur petit corps boudiné, raffolant de leurs larmes et de leurs hurlements aigus.
Elle les aime tant, les enfants.
On la dit impudente, irrespectueuse de son propre corps. Belle comme le corbeau égorgé, Si Xian marche sur les sentiers de la vie comme un cadavre sans but ni mission. Comme une putain de bas-étage, elle fixe, méprisable, ignoble de son regard sans rien, vide, délaissé par ce qui aurait été une flamme de vie, autrefois, il y a longtemps.
Elle n'a plus rien, maintenant. Incapable de voir sa propre image dans sa tête, incapable d'imaginer son propre visage, incapable de dessiner les contours de son propre corps dans le creux de son esprit, comme une coquille vide, comme une enveloppe mille fois piétinée, froissée, déchirée.
Elle marche, elle parle, elle respire mais elle ne vit pas.
Elle n'est rien, rien d'autre qu'un corps sans image, qu'une poupée que l'on se passe d'une main à l'autre.
Pourquoi le Lao Yin Chi ?
Pour son chef, Feng Dian. Pour ses paroles, pour sa vision, pour ses objectifs, pour ses actions, pour le sang versé, les cris, les larmes, les flammes et le soufre. Pour n'avoir ni dieu ni maître, ni dirigeant ni gouverneur, ni ennemi ni ami.
Aucune confiance, aucune compassion. Ni pour eux, ni pour elle.
Elle voudrait se retrouver au bord du gouffre, mais y est incapable. Elle voudrait pleurer, hurler, ressentir la peur, sa propre déchéance, mais rien. Elle respire. Elle voudrait souffrir, mais non. Elle continue. Elle voudrait être au pied du mur, ne plus pouvoir avancer, avoir de véritables raisons de s'engager dans la décadence, la luxure, la drogue et la décrépitude personnelle, mais elle n'en a pas.
Elle n'a rien.
Son cœur est vide, comme son âme.
Informations Supplémentaires
Elle est sombre, sinistre. Elle n'a aucun sens de l'humour et ne sourit jamais véritablement. C'est une menteuse, une hypocrite. D'apparence égoïste, elle n'a cependant aucune envie de se faire plaisir. Elle se hait autant qu'elle hait tout ce qui l'entoure. Capable d'imaginer le visage des autres lorsqu'elle ferme les yeux, elle est incapable de faire la même chose pour son propre visage, même si elle vient de se regarder dans un miroir. Elle aime le goût du sang. Elle déteste la musique, toute forme de musique. Elle a une attirance morbide pour les cadavres et les asticots. Elle déteste les fleurs et les parfums. Elle désire ardemment connaître les effets de l'Algorakab.